La Vie Culinaire

https://www.facebook.com/pages/La-Vie-Culinaire/371790969599106?ref=hl

Le scandale du foie gras des grands chefs

foie-gras-grands-chefs

L’association loi 1901 L214 Éthique et Animaux a récemment protesté devant plusieurs palaces et restaurants de grands chefs sous la bannière :

 « Au supermarché ou chez les grands chefs, le foie gras, d’où qu’il vienne la souffrance est la même »

1466216_10151969153814757_937240818_n

L214 devant le restaurant d’Alain Ducasse, le Jules Verne

Le discours médiatique dans cette affaire se fait donc autour de cette pancarte de L214. Mais que nous dit vraiment cette pancarte ?

Celle-ci commence par :

 « Au supermarché ou chez les grands chefs » 

Comprenez donc : dans le monde de l’industriel, représenté par le supermarché, ou celui de l’artisanat, représenté par les grands chefs. Donc deux visons du monde, très différentes…  opposées.

Pour continuer ainsi :

 « Le foie gras, d’où qu’il vienne la souffrance est la même »                                 

C’est-à-dire : peut importe laquelle, ces deux visions du monde se rejoignent dans l’atrocité et la maltraitance animale.

En effet, ces derniers dénoncent l’utilisation par nos grands chefs du foie gras de la société Ernest Soulard qui gaverait ses canards dans des conditions atroces. A ce stade, il faut préciser qu’aucun des grands chefs incriminés n’a démenti utiliser ces produits, y compris Joël Robuchon qui dans un premier temps – par l’intermédiaire du chef de cuisine de son restaurant l’Atelier – avait nié utiliser cette marque avant de faire marche arrière en suspendant provisoirement –  comme Gordon Ramsay en Angleterre lui aussi pris dans la tourmente –  ses activités avec l’entreprise.

1426244_10151968791274757_1142266014_n

Gordon en pleine controverse au Royaume-Uni

L214 Éthique et Animaux ne remet pas seulement en cause les méthodes industrielles du gavage d’oies mais prétend que tout gavage quel qu’il soit, artisanal ou industriel, est une souffrance pour l’animal. Pour ce faire, cette association s’appuie sur un nombre « d’experts ».

Il faut noter que quatre de ces experts viennent des États-Unis ou le gavage de foie gras est interdit dans certains États alors même que l’American Veterinary Medical  Association, la principale organisation vétérinaire du pays, a jusqu’à présent refusé de s’opposer au gavage en tant que pratique. Une seconde « experte », venant du canada, confond quand à elle estomac et jabot. Les autres experts étant Le Comité scientifique de la santé et du bien-être des animaux de la Commission européenne ainsi que Monsieur Yvan Beck,  docteur en médecine vétérinaire à l’université de Liège en Belgique

Pas un seul spécialiste français ni même une seule organisation du pays… On peut donc déjà constater une certaine ingérence de l’Union Européenne et des USA dans les affaires d’un pays souverain dont cette association semble être l’idiote utile.

Que ce que le gavage?

Le gavage consiste à recopier la tendance naturelle des palmipèdes à se suralimenter pour supporter l’hiver ou accomplir une migration. Comme nous le montre la vidéo qui suit, fait de façon artisanal le gavage ne procure aucune douleur à l’animal.

Par conséquent, ce n’est pas le gavage en soi qui est condamnable mais bien l’industrialisation de ces techniques couplé avec la financiarisation de l’alimentation amenant vers un monde du profit pour le profit où l’animal ne reçoit effectivement aucune compassion…  mais pas moins, par exemple,  que les employés des usines travaillant un maximum d’heures pour un minimum de salaire dans des conditions souvent douteuses et soumis (eux aussi) aux dures lois du marché !

L’artisan et le petit producteur comme simple sous-traitants de l’industrie agroalimentaire de luxe

En effet, les deux vrais scandales derrière le foie gras sont, comme nous l’avons vu plus haut, les méthodes industrielles et la financiarisation de l’alimentation, mais aussi, et pas des moindres,  celui de grands chefs dont tout le discours est centré sur la production locale, le monde de l’artisanat, le respect des produits, alors que dans les faits la réalité est bien plus complexe  puisque ces derniers utilisent de plus en plus de produits industriels –de l’industrie du luxe soit, mais industriel quand même – comme le foie gras Ernest Soulard ou Rougié-Sarlat mais ce ne sont pas les seuls produits concernés :

Quid des purées de fruits et légumes surgelées Verger Boiron, de la crème Elle&Vire, des produits Président Professionnel, des bouillons Ariaké dont sont si friands nos grands chefs, du café Nespresso sur la plupart des grandes tables gastronomiques, du caviar industriel Sturia mis en avant par Philippe Etchebest, de la transformation de Lenôtre, Hermé et d’autres en usines à production intense, de l’utilisation par Ladurée de conservateurs dans les macarons permettant de les conserver 1 an… et bien d’autres dans le but de satisfaire une demande internationale ?

Inutile pour nos grands chefs de se cacher derrière le goût de ces produits car si on peut effectivement trouver des gammes de produits industriels de bonne qualité, ces dernières s’accompagnent d’une vison du monde dont nous avons vu plus haut ce qu’elle représentait.

Le 12 avril dernier, les Vergers Boiron ont invité les chefs étoilés de Rhône-Alpes à rencontrer Thibaut Ruggeri, Bocuse d’Or 2013, venu avec son coach Fabrice Prochasson, de la maison Lenôtre lui aussi.

Thibaut Ruggeri, Bocuse d’Or 2013 et son coach Fabrice Prochasson, de la maison Lenôtre en pleine dégustation des produits de leur partenaire Vergers Boiron.

L’exemple d’Ernest Soulard est typique de ce qu’est devenu au fil du temps l’artisanat français : Une économie subsidiaire locale et minoritaire de sous-traitance au service de l’industrie (du luxe) et qui se doit donc, pour assurer sa survie, de respecter le cahier des charges de cette industrie du luxe agroalimentaire et les contraintes de Bruxelles. Bref, de moins en moins artisanal contrairement à ce que voudraient nous faire croire aussi bien nos grands chefs que les militants de L214.

L’artisan d’hier était économiquement indépendant et travaillait pour son propre compte, celui de demain sera dépendant de l’industrie du luxe pour qui il travaillera de manière à pouvoir survivre. Voila le vrai scandale auquel participe aussi bien L214 que nos grands chefs. L’un amalgamant artisanat et industrie alors qu’il est évident qu’une compagnie comme Ernest Soulard n’a rien d’artisanale, et les autres en continuant à donner des « tampons » d’artisans à ceux qui sont, au mieux,  des entreprises artisano-industrielles (oxymore parfait).

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Information

Cette entrée a été publiée le novembre 19, 2013 par dans Agro-alimentaire, Gastronomie, Mes articles, et est taguée , , , , , , , , .

Start here

%d blogueurs aiment cette page :