La Vie Culinaire

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À propos de la lettre ouverte contre l’invasion de l’agrochimie dans nos assiettes

bayermonsanto“Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes.” Jacques-Bénigne Bossuet

Le site gastronomique français Atabula a récemment mis en ligne une “Lettre ouverte contre l’invasion de l’agrochimie dans nos assiettes”.

 

Dans ce billet – traduit depuis en plusieurs langues – il est question du récent rachat (septembre 2016) du groupe américain Monsanto par un autre géant allemand de l’industrie, Bayer.

 

L’auteur de cette lettre Franck Pinay-Rabaroust semble effrayé à l’idée que cette nouvelle acquisition capitalistique permette à ce futur mastodonte de contrôler l’entièreté de la chaîne alimentaire. Ce qui selon lui aurait non seulement pour conséquence de remplir nos assiettes en produits chimiques en tout genre, mais également de mettre en péril la liberté de nos agriculteurs garants de notre diversité alimentaire. Ce qui est le cas depuis belle lurette, mais là n’est pas la question du jour.

 

Il en appelle donc à la réaction des acteurs du monde de la gastronomie. Ces derniers étant en quelque sorte un symbole – le lien entre le producteur et le consommateur – il leur propose ouvertement d’exprimer publiquement leurs inquiétudes concernant ce problème, espérant sûrement que leurs notoriétés fera réagir les pouvoirs publics.

 

A lire et sans grande surprise, l’appel à été suivi par la majorité des acteurs importants du petit monde de la gastronomie française. En effet, quel grand chef pourrait s’opposer à une telle proposition? N’imposant rien d’autre qu’une simple signature virtuelle en échange d’interviews élogieuses dans les médias et valorisation du capital sympathie auprès des citoyens engagés ainsi que des paysans et producteurs dont ils se prétendent trop souvent les protecteurs?

 

Pourtant, une fois encore, nous démontrons que l’appel du monde de la gastronomie n’est en rien basé sur l’éthique, ni même une véritable remise en question des méfaits de l’industrie agroalimentaire ou agrochimique dont ils sont les premiers bénéficiaires.

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Gastronomie et Industrie : un engendrement réciproque

Ce n’est plus un secret que le monde de la gastronomie est intrinsèquement lié à celui de l’industrie. Il n’y a pour ainsi dire aucun moment de la vie professionnelle des acteurs du monde de la gastronomie (en particulier des grands chefs) qui ne dépendent pas, directement ou indirectement, du financement des industriels de la malbouffe.

 

Lors de leurs années de formations, dans les clubs auxquels ils appartiennent, les concours professionnels dans lesquels ils s’inscrivent, les événements culinaires qu’ils organisent, les émissions de TV auxquels ils participent, les médias (y compris Atabula, le site diffuseur de la lettre) et guides culinaires qui font et défont leurs réputations, et même jusqu’aux sommets qu’ils organisent pour discuter de l’alimentation ou de l’écologie politique: tous (si peu d’exceptions) n’existent que grâce au financement du Léviathan soi-disant dénoncé dans la lettre ouverte d’Atabula.

 

N’oublions pas que les grands chefs collaborent depuis toujours à la création de nombreux produits industriels :

 

  • Élaboration de plats cuisinés pour la ménagère aux ingrédients parfois douteux ou de produits de quatrième et cinquième catégories pour les professionnels de la restauration (Knorr, Président Professional, Elle & Vire…)
  • Promotions d’équipements professionnels (souvent fabriqués en Chine quand bien même ces derniers vantent le made in France).
  • Mise au point de recettes pour le grand public mais également pour les professionnels dès qu’un nouveau produit industriel sort dans le commerce (ex: Canderel, Nespresso…)
  • Mise au point de nouveaux procédés industriels (gastronomie moléculaire ou plus récemment la cuisine note à note)
  • Partenariat avec des chaînes de restaurants, boulangeries ou pâtisseries (Bridor, Délifrance, Paul…)

 

Depuis quelques années, ils sont fiers de mettre leur image au service du café Nespresso de Nestlé en échange de soirées mondaines bien arrosées dans le Tout-Paris ou au festival de Cannes munis de leurs perches à selfies. La recette marketing a un tel succès que le concept est maintenant reprit dans sa version “thé de luxe” avec T. de Nestlé (encore lui) et TO by Lipton d’Unilever et Pepsico avec qui nos grands chefs sont heureux d’associer leur noms.

 

Des partenariats devenus tellement naturels qu’il est désormais très difficile de trouver un industriel ou une chaîne de supermarché qui n’affiche pas au minimum un grand chef dans son giron.

 

Les liens sont maintenant si profonds qu’il n’est pas rare de nos jours que certaines entreprises de grands chefs soient dirigées par d’anciens cadres de l’industrie agroalimentaire ou de la grande distribution, ni de trouver d’anciens cuisiniers se mettant à plein temps au service de ces derniers.

 

Même le mouvement international Slow Food – que bon nombre de protagonistes de la gastronomie aiment rejoindre dans la défense des producteurs contre Monsanto et consorts – évite soigneusement de mettre en avant qu’il est lui aussi financé aux Etats-Unis par un nombre assez impressionnant d’organisations dont il prétend pourtant combattre l’idéologie en Europe: la Wallace Genetic Foundation, Kellog’s, Google, la fondation Bill et Melinda Gates et bien d’autres. Son fondateur et président, Carlo Petrini, poussera le vice jusqu’à faire l’éloge de David Rockefeller dans un de ses livres. Pour ceux qui ne le sauraient pas, c’est la fondation de ce philanthrope milliardaire qui est à l’origine de la révolution verte, du fameux Club de Rome et promotrice des OGM. Rien que ça !

 

Le constat est plutôt effarant, d’autant qu’on pourrait continuer la démonstration des pages entières.

 

La double éthique culinaire

Avez-vous lu beaucoup de désapprobations de la part des principaux acteurs de ce milieu lorsque l’Empereur et le Pape de la gastronomie française (Alain Ducasse et Paul Bocuse), se sont prononcés en faveur des OGM dans Paris Match ?

 

Avez-vous remarqué la discrétion de nos grands chefs durant le scandale du minerai de cheval ou, plus récemment encore, après le reportage télévisé d’Elise Lucet sur le nitrite de sodium en septembre 2016 ?

 

Pouvez-vous citer beaucoup de grands chefs investis dans la transparence de ce que contiennent nos assiettes ?..  Sinon pour défendre leur propre label payant “Restaurant de Qualité” contre le label « Maîtres restaurateurs » des services de l’Etat!

 

Vous souvenez vous d’une lettre ouverte contre Lactalis de la part de ce petit monde pour soutenir les producteurs de lait exploités qu’ils aiment tant ? Si nos souvenirs sont bons, Atabula n’a même pas daigné faire un seul article sur ce sujet. Est-ce parce que Lactalis, par le biais de sa marque Fromage & Chefs, fait parti des annonceurs de ce site ? A vous d’en juger…

 

La réponse aux questions précédentes coule de source puisque dans les faits, le discours culinaire des grands chefs et des journalistes gastronomiques est limité par le cahier des charges de leurs financiers du moment. Le jour où Bayer daignera injecter suffisamment d’argent dans leurs activités culinaires soyez sûr que la lettre ouverte de nos activistes en herbe restera lettre morte.

 

D’autre part, vous observerez sans problème ces “impertinents” s’en prendre aux petits restaurateurs qui utilisent des produits pré-fabriqués qu’ils ont eux même élaborés pour les industriels qui les financent. Sachant qu’eux par contre, ne se gênent aucunement pour utiliser dans leurs plats des ovoproduits, des purées surgelés et bien d’autres choses qu’ils vous facturent à prix d’or.

 

Vous les entendrez certainement nous donner des leçons d’écologie ! Quand bien même leur bilan carbone est catastrophique et que leurs restaurants sont probablement loin d’être des exemples en matière de gaspillage alimentaire.

 

Sans la moindre gêne, ils osent venir débattre de l’importance du bien-être des employés en cuisine… quand bien même les conditions de travail dans ces métiers sont en France parmi les plus déplorables. Évidemment, ils n’ont pas non plus d’avis sur la loi El Khomri. A vrai dire ils n’en n’ont pas besoin, cela fait des décennies que les lois de la République Française ne s’appliquent plus dans certains de leurs restaurants devenus des zones de « non-droit ».

 

La poutre et la paille

Si les acteurs du monde de la gastronomie sont véritablement intéressés par les questions éthiques, écologiques et sociales alors peut-être doivent-ils préalablement commencer par se regarder collectivement dans le miroir et nous expliquer ce qu’ils y voient !

 

S’ils se trouvent toujours légitimes pour défendre les victimes d’un Léviathan qu’ils nourrissent ?

 

S’ils peuvent continuer longtemps à se prétendre acteur de la société civile, tout en zigzaguant entre fausse impertinence et vraie collaboration, et ne pas choisir entre soirées mondaines et prise de conscience collective ?

 

Sauf miracle, cela n’arrivera pas demain soyons en sûr !

En attendant c’est peut être aux citoyens de demander des comptes aux protagonistes de ce milieu trouble. Comme ils le feraient pour n’importe quels personnages publics dont les actions auraient des conséquences sur leur vie au quotidien…

 

Et ce d’autant plus que pas mal d’entre eux intègrent maintenant des fondations politiques et des think tanks américains qui ne les recrutent pas pour leur talents culinaires mais parce qu’ils voient la gastro-diplomatie comme une arme majeure du Soft Power.
Romain R

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3 commentaires sur “À propos de la lettre ouverte contre l’invasion de l’agrochimie dans nos assiettes

  1. raimanet
    octobre 2, 2016

    A reblogué ceci sur Boycottet a ajouté:
    @zayuma

  2. Pingback: La Naturalité génétiquement éditée d’Alain Ducasse | La Vie Culinaire

  3. Pingback: Alain Ducasse, Atabula et la double éthique culinaire | La Vie Culinaire

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