La Vie Culinaire

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Prophétie auto-réalisatrice : victoire des États Unis au Bocuse d’Or

le Bocuse d’Or qui est sans aucun doute le concours culinaire le plus prestigieux de la planète à vu cet année la première victoire américaine dans cette compétition.


Organisée tous les deux ans lors du Sirha, cette compétition voit l’élite culinaire mondiale s’affronter au milieu d’un public (grandissant) enthousiaste et des sponsors plus que ravis de pouvoir accoler les produits de leur marques industrielles sur les hommes sandwiches de la crème gastronomique mondiale.


Pourtant, cet affrontement intra professionnel hautement sélectif à des intérêts qui semblent parfois diverger avec l’image d’une telle compétition.


Dans le cas présent les intérêts de la famille Bocuse et probablement, par extension, les organisateurs du Sirha.


Affectivité et intérêts financiers : un engendrement réciproque

Dans le milieu ce n’est un secret pour personne : la famille Bocuse est très liée aux États unis. D’abord, et ceci n’est pas critiquable en soi, de façon affective puisque Paul Bocuse voue un amour inconditionnel à ce pays qu’il estime être le libérateur de la France lors de la deuxième guerre mondiale. Il arbore notamment avec fierté dans les médias son tatouage d’un coq réalisé par des américains qui le soignaient durant la guerre. Sans oublier que l’entrée de son restaurant triplement étoilé à Collonges-au-mont-d’or est décorée du Stars and Stripes en compagnie du drapeau tricolore français. Son fils, Jérôme Bocuse, y a fait ses études dans la plus prestigieuse université culinaire du pays (Culinary institute of America*) ainsi que sa carrière. Nous y reviendrons.


Mais comme nous pouvons l’imaginer, ces liens, en plus d’être affectifs sont également financiers. Les États Unis représentent un très grand marché médiatique et une victoire de l’équipe nationale amènerait une opportunité sans précédent au concours, au groupe Bocuse (par ailleurs déjà implanté) ainsi qu’au Sirha qui accueille la compétition depuis ses débuts. A tel point que l’on peut se demander si la victoire américaine cette année n’est pas le fruit d’un long lobbying de la part des organisateurs au sein du concours pour y parvenir.


Ceci n’enlevant d’ailleurs rien à la qualité des participants, vainqueurs comme vaincus !


Si la montagne ne va pas à toi, va à la montagne

Il y a maintenant 4 ans nous révélions déjà sur ce blog que le pape de la gastronomie française rêvait d’une victoire américaine au Bocuse d’Or… Une sorte de dernier souhait du patriarche que le fils entendait régulièrement depuis deux décennies et qui allait par la suite devenir sa feuille de route pour les années à venir…


A l’époque déjà un article du Wall Street Journal démontrait comment Monsieur Paul – frustré du peu d’investissement porté par ce pays pour faire réussir l’équipe nationale – avait pris la décision de mettre lui même en oeuvre leur ascension pour que son vieux rêve puisse enfin devenir un jour réalité.


Afin de mener à bien ce projet Paul Bocuse demanda à Daniel Boulud – autre grand chef français bien connu outre atlantique – de mettre en place une structure de formation et de financement. A la demande de Bocuse ce dernier recrute donc Thomas Keller comme cadre de l’équipe US. Jérôme Bocuse intègre quant à lui le conseil d’administration de cette fondation répondant au nom de Ment’or.


Etant donné que les concours culinaires élitistes européens n’intéressent pour le moment que très peu le public américain ces derniers doivent donc par conséquent se tourner vers le privé pour financer leur participation au concours. 


L’équipe US du Bocuse d’Or est d’ailleurs une des seules équipes de la compétition dans cette situation. Ce qui ne les désavantage pas, bien au contraire, puisqu’ils ont obtenu cette année le budget le plus conséquent parmi tous les participants.

Comme Rome ne s’est pas construite en une jour, les premiers résultats ne furent pas à la hauteur de leurs espérances. Malgré tout ils obtinrent une sixième place record jamais atteinte jusque là. Malheureusement ce score honorable ne fût pas de nature à combler l’obsession bocusienne.

 

Le Wall Street journal avança même que le changement de format et de règlement dans la compétition en 2012 en vue de la compétition de 2013 aurait servi à avantager l’équipe américaine au fil des années. Il est intéressant de noter que depuis cette époque nos médias français font souvent référence au candidat américain comme potentiel vainqueur.


L’ingérence de Paul Bocuse au sein de l’équipe américaine n’est d’ailleurs pas du goût de tous les participants. Jakob de neergaard, l’entraîneur danois, ainsi que d’autres pays européens participants s’en étaient déjà inquiétés publiquement il y a quelques années.


Depuis, la progression de l’équipe américaine va croissant. Elle termine deuxième en 2015 et remporte enfin le trophée en 2017.


Il faut préciser qu’en 2016 Jérôme Bocuse qui, rappelons le, est en charge de la sélection nationale du Bocuse d’Or USA en tant que vice président du conseil d’administration de l’équipe nationale a été élu président du concours Bocuse d’or. Il est donc par conséquent président du jury lors dudit concours. Ainsi, depuis cette date la plus haute autorité d’un événement aussi prestigieux est également en charge d’une des équipes participantes ! Juge et partie sans qu’un tel conflit de mission ne fasse réagir grand monde dans ce petit milieu pourtant si friand ces derniers temps d’éthique…


il faut prendre en compte également que Joël Robuchon, autre président du jury pour l’année 2017, à de son côté planifié d’ouvrir 5 nouveaux restaurants dans les mois à venir grâce à des investisseurs américains, dont la société Invest hospitality  Fait du hasard… ou pas, il se trouve que cette entreprise figure également sur la liste des généreux sponsors de la fondation Ment’or de l’équipe américaine. De là à y voir des intérêts communs il n’y a qu’un pas !


Ce n’est certainement pas la première fois que ce genre de pratiques se produisent au sein d’un concours culinaire. On peut difficilement ici prétendre à une quelconque tentative américaine de vouloir s’imposer par la force dans cette discipline. On ne peut même pas non plus reprocher au candidat américain de ne pas mériter cette victoire tant le niveau d’excellence requis pour ce concours est grand et que la différence de niveau et de qualité entre les principaux participants du concours n’est probablement que difficilement mesurable par des critères objectifs. 


Ici c’est donc bien l’organisation du concours elle-même qui a probablement cherché à influencer discrètement et progressivement le résultat du concours afin de promouvoir ses intérêts personnels et professionnels par la mise en place d’un système permettant de dynamiser le potentiel d’une équipe au détriment des autres.


*cette même université qui avait consacré Paul Bocuse “Chef du siècle” en 2011.

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