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Alain Ducasse, Atabula et la double éthique culinaire

A propos de la “Déclaration Universelle de la Gastronomie Humaniste” d’Alain Ducasse

Désormais bien connu pour ses informations sélectives, le média gastronomie Atabula a de nouveau récidivé il y a deux semaines en servant la soupe (transgénique ?) au parrain de la gastronomie française, l’homme à qui l’on ne refuse rien: Alain Ducasse.

En bon VRP du discours en vogue dans l’industrie hôtelière de luxe, la rédaction d’Atabula met les petits plats dans les grands pour assurer la promotion du prochain ouvrage du grand chef progressiste, cosmopolite et Monégasque. Et la sienne au passage.


Initialement prévu l’année dernière sous le nom de Gaïastronomie puis repoussé au mois de mars de cette année avec comme nouveau titre “Manger est un acte citoyen”, l’ouvrage en question ne sera donc pas un énième livre de recettes. 


Sans grande surprise pour quiconque prête attention à l’actualité débordante du cuisinier globe-trotter, l’opus tant attendu adoptera la forme d’un véritable manifeste politique. Une sorte de feuille de route pour la sphère gastronomique mondiale s’inscrivant dans la continuité de ses engagements pris au fil des dernières années au sein de la mouvance écolo-mondialiste autour duquel il gravite. Ou le contraire, croit-il peut-être.


Rien d’étonnant qu’Atabula se fasse le relais phare d’un tel engagement. En effet, l’appel d’Alain Ducasse pour une “Déclaration Universelle de la Gastronomie Humaniste” trouve un écho certain avec leurs récents engagements. Que ce soit contre la fusion Bayer / Monsanto (à travers une lettre ouverte ) ou encore plus récemment avec leur “Appel au droit à bien manger” qui a immédiatement suivi cet entretien.


La description faite du livre par Alain ducasse sur le site Atabula nous apprend que “au fil de ces pages, vous croiserez un drôle de jésuite aux Philippines, un cuisinier qui sert au tout-New York des carottes à la vapeur, un vieux maraîcher de banlieue, un couple de petits producteurs, qui, en Normandie, ont créé un écosystème unique en son genre”. On retrouve également dans cet exposé toute la litanie de l’écologie profonde allant à l’encontre de l’anthropocentrisme présumé des sociétés occidentales.


Après la lecture de cette profession de foi peu surprenante à nos yeux, quelques questions restent toutefois en suspens : Quid des déclarations de notre humaniste écolo en faveur des Ogm ? Quid également du récent repas organisé il y a quelques mois de cela dans son restaurant New Yorkais pour la société biopharmaceutique Cellectis ? Tout ceci afin de mettre au point le premier repas conçu à partir d’aliments dont les génomes ont été modifiés ! Auront-ils la place qu’ils méritent dans son ouvrage à paraître entre les carottes à la vapeur d’outre atlantique et l’écosystème unique de Normandie ? La réponse sous peu…


Comment expliquer que le site Atabula qui prétend s’inquiéter des organismes génétiquement modifiés et de la mainmise des grands groupes agro chimiques sur le monde agricole et le bien manger, puisse oublier d’éclairer ses lecteurs sur les prises de positions et les actions d’Alain Ducasse en faveur de ce qu’ils estiment combattre ? Le travail de journaliste – si tant est que l’on puisse les considérer comme tels – n’est il pas de mettre les informations en perspective ?


Les lecteurs qui prennent pour argent comptant les articles de ce site doivent savoir que Cellectis travail justement en partenariat avec… Bayer !


Tout comme Atabula peut débattre du bien manger entre deux pubs bien senties au bénéfice de l’industrie de l’agroalimentaire et quelques publi reportages mal dissimulés, Alain Ducasse n’hésite aucunement de son côté à nous prêcher une gastronomie humaniste et écologiste tout en étant impliqué dans son quotidien d’entrepreneurs dans des activités produisant des conséquences inverses : Une myriade de collaborations avec l’industrie agroalimentaire, des engagements auprès de think tanks aux politiques peu démocratiques et maintenant en faire valoir d’entreprises de l’agrochimie !


https://lh4.googleusercontent.com/Q2VCD0MDE9IP1bXmRluBlJIKnmTN-UUbcYBeu8diAmPnxYRj4g5Xpq_fpmQ2WIgono8THQAsGv2gbjgSQzjFiiE-T1y0EyKPJGhKpWK-FmFvSv61ayV2jUzSeXx9aLO-kvbWe7wN


Changer le système de l’intérieur ?

De tels grands écarts se trouvent souvent justifiés par ces protagonistes du monde de la gastronomie sous l’idée supposée que ces partenariats amèneraient un changement positif au sein d’un système qu’ils “critiquent” parfois… du bout des lèvres.


Un tel argument laisse penser que la collaboration avec ces multinationales est finalement plutôt récente et qu’a priori il faudrait donc leur laisser le temps nécessaire pour voir leur travail porter ses fruits avant de pouvoir enfin le juger sur pièce.


Pourtant, le travail collaboratif entre les industriels et la gastronomie ne date pas d’hier… ni même d’avant hier ! Auguste Escoffier et Alexis Soyer à leurs époques avaient certainement ouvert le bal. Néanmoins le processus actuel a réellement pris de l’ampleur dans les années 70 avec les stars de la nouvelle cuisine comme Michel Guerard pour le compte de Nestlé, par exemple. Pour en arriver, enfin, à la situation actuelle ou les deux mondes se nourrissent mutuellement.


A l’heure des scandales alimentaires à répétition et après presque 50 ans d’engendrement réciproque, quel regard porter sur l’évolution de l’industrie agroalimentaire à la lumière de l’expertise des grands chefs au sein de celle ci ? Peut on encore penser sérieusement que l’appât du gain n’est pas ici l’un des éléments moteur des deux parties ? (Avec également un moteur idéologique puisque le soudain engagement des grands chefs pour l’écologie coïncide avec l’agenda écologiste des multinationales qui les rémunèrent comme nous le verrons bientôt)

N’est-il pas légitime de penser que l’expertise des grands chefs est avant tout au service des intérêts des grands groupes avant de servir ceux des citoyens ?


La double éthique culinaire

De l’éloge du maraîcher de banlieue aux plats de légumes génétiquement édités pour Alain Ducasse. De la défense des agriculteurs contre l’agrochimie au silence de plomb lors de la crise du lait pour Atabula. Ou même encore, lorsque Carlo Pétrini propose une opposition radicale au mode de vie occidental en prônant un retour vers la nature tout en ne voyant aucun inconvénient à accepter de faire financer son association par des semenciers et des industriels peu enclins, eux, au droit à bien manger. Carlo Pétrini n’est autre que le président du mouvement  international Slow Food et récent signataire de l’appel au droit à bien manger.


Quel sérieux le citoyen lambda doit il apporter à l’élite auto proclamée d’une société civile dans sa version gastronomique qui prétend les représenter alors que ces derniers pratiquent une double éthique systématique qui a peu à envier au monde politique dont elle se veut pourtant une alternative saine et démocratique ?

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5 commentaires sur “Alain Ducasse, Atabula et la double éthique culinaire

  1. magaliancenay
    mars 21, 2017

    Merci pour cet article tout y es dit !

  2. Anonyme
    mars 22, 2017

    Bravo pour votre travail Romain! J’ai lu la plupart de vos articles et c’est très enrichissant.
    Cela fait du bien de voir des personnes qui creusent le fond des choses pour éclairer les « pauvres » citoyens que nous sommes, abreuvés de conneries.

    Un anonyme à l’intérieur du système…
    Plus pour très longtemps sans doute, tant il est illusoire de penser pouvoir changer le système de l’intérieur.

  3. Pingback: ​Les zigzags de Périco Légasse | La Vie Culinaire

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Cette entrée a été publiée le mars 8, 2017 par dans Uncategorized.

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